Le vent de la vallée caresse la peau de mon visage. J’apprécie les sons réguliers, répétitifs à l’infini qui font partie du lieu. Ce fond sonore apaisant de l’eau qui s’écoule et qui se mêle harmonieusement aux milliers de feuilles qui revivent à chaque bourrasque.

Ici rien d’artificiel.

Le vol ondulant de la bergeronnette, petit point coloré, lumineux. La beauté des salicaires. Le mystère sous la surface sombre du Léguer ; l’envie d’en savoir plus, de découvrir les peuple de l’eau. Il est bien là, juste trahi par quelques gobages…

Je me souviens de la première fois où j’ai découvert cet endroit.

Le petit chemin raide et glissant, et juste un peu plus bas, le décor grandiose qui apparait. Aussitôt j’ai su que j’y reviendrai souvent. Ce jour là, une rivière m’a ému. Une rencontre, une merveilleuse rencontre. Les plus belles rencontres sont celles auxquelles on ne s’attend pas.

Le temps s’écoule calmement. Il s’étire à en paraître immobile.

Brusquement, tout change, tout s’anime.

Que j’aime quand la rivière s’active, quand le plat lisse fait place au rapide, imprévisible mais vivant. Vivant. Je me sens vivant au bord du Léguer. A chaque fois que j’y retourne, j’ai cette impression étrange : rien ne change, la rivière est là ; l’eau s’écoule de façon immuable de l’amont vers l’aval, entre d’énormes cailloux immobiles. Aucun doute, elle est forcément là. Et pourtant, chaque fois je la redécouvre différente, au fil des saisons, des lumières, du temps. Elle me surprend. L’espoir d’y apercevoir un beau poisson, une loutre, une libellule, me remplit de joie.

Un jour, elle m’a surpris un peu plus… J’étais trop confiant peut-être.

Le seuil trop glissant, le débit trop puissant… et plouf ! me voilà emporté… puis récupéré par quelques racines salvatrices. Pas fier sur le coup, c’est néanmoins une aventure que j’aime raconter. Comme un gamin fier de sa bêtise.

D’autres fois furent plus douces, plus « poétiques ».

Pourvu que ces rencontres avec ma rivière perdurent encore longtemps…

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